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Tokaj le vignoble d’un monde nouveau au coeur de l’Europe

Logo l'Amateur The Wine LoversQuinze ans après la privatisation, les vins hongrois de Tokaj qui comptent parmi les meilleurs liquoreux du monde, ont fait un saut qualitatif considérable grâce aux investisseurs étrangers. Mais ceux-ci doiventfaire preuve de patience pour rentabiliser leur mise. Un article de Jean-Moise Braitberg.

Un pâle soleil d’automne tombe en pétales d’or sur les vignes de Disznokö – le rocher du sanglier –l’un des plus fameux domaines de Tokaj. En cette fin octobre, des grappes pendent encore aux sarments, sous les feuilles déjà jaunies des pieds de Furmint, le principalcépage de la région. Mais l’aspect du raisin est disparate, car le botrytis cinerea, l’indispensable pourriture qui fait toute la noblesse des grands vins liquoreux, se diffuse irrégulièrement. C’est donc grain par grain, jour après jour, que des centaines de vendangeurs picorentmanuellement les fameux grains aszu, un terme du vieil hongrois signifiant desséché. « Ils sont non seulement botrytisés mais aussi passerillés. Une particularité que l’on ne retrouve nulle part au monde » précise Laszlo Meszaros, ancien élève de l’école d’agriculture de Toulouse aujourd’hui directeur des vignobles Disznokö. A 37 ans, Laszlo symbolise la génération de jeunes hongrois qui sont entrés dans la vie active à la fin de l’ère communiste et ont accompagné la Renaissance de Tokaj. A Disznokö, c’est le groupe Axa, déjà propriétaire des châteaux Pichon Longueville, Petit-Village et Sudiraut en bordelais, qui s’est porté acquéreur d’un domaine de 160 ha, dont 100 plantés en vigne.Quinze ans et quelquesmillions d’euros plus tard, l’objectif d’excellence que les nouveaux investisseurs s’étaient fixés semble être atteint. Disznokö, produiten effet certains des meilleurs liquoreux de l’appellation, appréciés des plus grandes tables du monde. Mais ce n’est qu’un début. Car si un chemin considérable a été accompli sur la voie de la qualité depuis les années 1990,la route reste encore longue pour que Tokaj retrouve toute sa place sur les marchés.

Une histoire ancienne
C’est en 1737 que le vignoble de Tokaj fut délimité par un
décret du roi Charles III de Hongrie. Cette mesure, première du genre, consacrait un travail accompli depuis le 16e s., époque, où selon la légende, les vignerons de la région, fuyant les Turcs, auraient, de retour dans leurs vignes, retrouvées celles-ci chargées de raisins « pourris » qu’ils auraient vinifiés sur les conseils de leur pasteur. Légende ou réalité ? Ce qui est sûr c’est que le vin de Tokaj, présenté au roi Louis XIV par le prince hongrois Rakoczi à la fin du 17e s. était déjà un grand vin liquoreux. C’est pourquoi on le baptisa « Roi des vins, vin des rois ». Ce succès était dû, dès cette époque, à l’usage rationnel de raisins aszu rajoutés par hotte de 25 kg–puttonyos- à une barrique de 136 litres de vin de base. Une adjonction de raisins aszu pouvant aller jusqu à 6 puttonyos permettait de rendre le vin plus ou moins liquoreux. C’est cette recette immuable qui fit la gloire des vins de Tokaj tout au long des 18e siècle et 19e s.Malheureusement, la succession de drames que connut la Hongrie après la première guerre mondiale, allait faire pâlir l’étoile de Tokaj durant trois générations.

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DR

Une présence française
Jusqu’à la chute du mur de Berlin, les 18 000 petits producteurs de Tokaj vendaient leurs raisins à la ferme d’état qui produisait sous une marque unique, un breuvage au caractère oxydatif marqué, dans lequel on ajoutait parfois de l’alcool et du caramel pour compenser un travail de la vigne productiviste, supervisé par des fonctionnaires. Il faut avoir connu les vins de l’époque communiste, pour mesurer les remarquables efforts qualitatifs accomplis depuis. A l’origine de ce renouveau, on trouve de nombreux français répartis entre institutionnels comme le groupe Axa à Disznokö et la GMF, copropriétaire avec le groupe Japonais Suntory du beau domaine Hetszolo, ou encore des investisseurs privés comme les Laborde propriétaires de château Clinet à Pomerol qui exploitent les domaines Pajzos etMegyer dont la production vieillit dans les superbes caves du château du prince Rakoczi à Sàrospatak. Plus inattendue est la présence d’ « aventuriers» du vin comme le bordelais Samuel Tinon et sonépouse Mathilde qui ont choisi, avec leurs trois enfants, l’immersion totale dans la Hongrie profonde. Outre ses 2 ha de vieilles vignes travaillées à la bêche, Samuel Tinon achète du raisin à d’autres producteurs pour produire d’excellents liquoreux, mais aussi de très intéressants Szamorodni, des vins réalisés à partir des grappes entières, qui vieillissent plusieurs années en barriques, sous un voile de levure leur donnant un goût rappelant celui des vins jaunes ou des fino.

Le retour des exilés
Mais les Français ne sont pas les seuls à participer au renouveau de Tokaj. Au domaine Oremus, ce sont les Espagnols de la famille Alvarez, propriétaire des prestigieuses vignes de Vega Sicilia, qui ont consenti des investissements considérables. Mais tous ces nouveaux arrivants avaient déjà la culture du vin. Raison de plus pour saluer la réussite des Hongrois retournés au pays, sans véritable expérience viticole. La famille Kékessi, longtemps exilée en Suisse a créé de toute pièce le domaine Patricius, 80 ha de vignes magnifiques disposées sur les pentes des monts Zempléni. En une dizaine d’années, leurs vins se sont imposés et ont été primés. Mais leurs grands liquoreux, très élégants et équilibrés, ne doivent pas faire oublier, ici comme ailleurs, que Tokaj produit aussi des vins blancs secs de très bonne facture. Et puis, une diversification de la gamme des vins de Tokaj est  indispensable à la rentabilité d’investissements lourds surlesquels personne n’a encore véritablement vu de retour. « Tokaj a eu de la chance d’être remis sur les rails par des investisseurs qui ne sont pas pressés de rentabiliser leur mise. » commente Samuel Tinon. A Tokaj, c’est vrai, la patience est la vertu cardinale, pour les amateurs de vinsqui mettent parfois plusieurs dizaines d’années à se révéler,comme pour les investisseurs. !

Pour comprendre le Tokaj
Situation : 5 500 ha de vignes, au pied des monts Zempléni, à l’Est de la Hongrie.
Climat : continental. Etés chauds tempérés par l’humidité des fleuves Tisza et Bodrog, hivers froids.
Sols : Loess et roches volcaniques désagrégées.
Cépages : Furmint, Harslevelu, Muscat « lunel » et d’autres variétés minoritaires.
Types de vin : Sec, doux, liquoreux (Aszu), ou élevé sous voile (szamorodni). Eszencja: vin liquoreux à faible degré provenant de l’écoulement des grains bothrytisés.

L’Amateur The Wine Lovers
Un magazine des Éditions du Bottin Gourmand
Contact  Suzanne Méthé
degustation@lamateurdevin.com
01 44 05 50 25 – www.lamateurdevin.com

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2 Réponses pour : “Tokaj le vignoble d’un monde nouveau au coeur de l’Europe”

  1. patalol dit :

    bonjour, cet article est tres interessant, je suis neanmoins surpris par la « non rentabilité » des investissement au bout de 15 ans. Que vaut un hectare de vigne de tokaj ?

  2. Rentabilité

    J’magine que le problème n’est pas tant le prix initial des pieds de vigne que l’ensemble des investissements à effectuer pour faire à nouveau un tokaj de qualité : dans la vigne, dans le chai, commercialement.

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Tokaj le vignoble d’un monde nouveau au coeur de l’Europe

Logo l'Amateur The Wine LoversQuinze ans après la privatisation, les vins hongrois de Tokaj qui comptent parmi les meilleurs liquoreux du monde, ont fait un saut qualitatif considérable grâce aux investisseurs étrangers. Mais ceux-ci doiventfaire preuve de patience pour rentabiliser leur mise. Un article de Jean-Moise Braitberg.

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2 Réponses pour : “Tokaj le vignoble d’un monde nouveau au coeur de l’Europe”

  1. patalol dit :

    bonjour, cet article est tres interessant, je suis neanmoins surpris par la « non rentabilité » des investissement au bout de 15 ans. Que vaut un hectare de vigne de tokaj ?

  2. Rentabilité

    J’magine que le problème n’est pas tant le prix initial des pieds de vigne que l’ensemble des investissements à effectuer pour faire à nouveau un tokaj de qualité : dans la vigne, dans le chai, commercialement.

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